J’étais là, comme ça. Enfin… « J’étais » c’est un bien grand mot. J’essayais « d’être » quoi. Après si « être » c’est simplement exister, bon, j’étais alors. Mais si, « être » implique une quelconque activité physique ou cérébrale d’une certaine envergure, j’entends par là un peu plus que cligner des yeux ou hausser les sourcils, alors, à ce moment là j’étais pas vraiment. Moins que le castor par exemple. Alors c’est vrai qu’il ne figure pas sur la liste des animaux auxquels il est plutôt flatteur d’être comparé (une étude récente démontre que les gens préfèrent qu’on les assimile au tigre ou au requin. Le castor est avant dernier, juste avant l’huitre de Bretagne). C’est vrai aussi qu’il doit s’autoriser quelques siestes de temps en temps. Mais. Le castor sait qu’il va construire un barrage une fois sorti de sa torpeur. Alors que moi, à ce moment là, je ne savais pas si j’allais en sortir et je savais encore moins si mon futur très proche m’engagerai sur une activité qu’on pourrait qualifier « d’oeuvre pour le vivre ensemble ».

Malgré tout… je me disais… quand même… le voile… Toute cette polémique…
Mais je sentais que ça ne suffisait pas comme réflexion. Que ça ne menait à rien. Et puis j’entendais dans les médias tant de gens aussi riche en humanité que le castor en connaissance du courant anarchiste des années 60, mais qui eux avait des avis carrément tranchés sur la question. Non, franchement, je me suis senti obligé d’avoir un avis. Il fallait que je sois pour ou contre. A la base j’étais pour qu’on arrête de leur casser les couilles. Et une pote m’a dit que c’était sexiste comme position, enfin comme phrase plus précisément. Alors qu’on arrête de leur casser les ovaires, mais ça sonnait moins bien. Et puis Michel qui me dit « ah ouais d’accord tu botes en touche ».

Cette polémique, au début c’était juste une maman. Enfin… Je m’emballe. Une femme sous le joug d’un mari violent et arabe de surcroit, sûrement en CAP Djihadisme option Kalashnikov. Cette femme donc, qui voulait accompagner les gamins lors d’une sortie scolaire. Déjà c’est courageux. On les connait les sorties scolaires. Visite du musée de la chaise en rotin ou séance ciné d’un film sous titré et sûr-coté, même Michel il dit « franchement moi je préfère aller bosser… Et pourtant jsuis syndiqué hein ! ». Le problème, c’est qu’un député en costard, qui se rapproche lui du castor de par son admiration certaine pour les barrages (en fil barbelé), a demandé à cette femme (toujours sous le joug d’un mari violent tout ça hein, je vais pas répéter les fondamentaux à chaque fois), d’enlever son voile. Prenant la parole dans la salle où tous étaient réunis. Devant les enfants. Dont le fils de cette femme. Et moi… J’ai pas d’enfants. Ah d’accord… Du coup t’as pas d’enfants donc ça te dérange pas que d’autres se laissent corrompre, islamiser et grand remplacer par une islamiste qui a sans aucun doute distribué des tracts et des flyers aux gamins. Des flyers prosélytes qui expliquent les 5 bonnes raisons de se convertir, un billet aller pour la Syrie et une fausse barbe islamique ??!! // Ah ouais ?? Je savais pas qu’ils faisaient des packs comme ça, ils sont organisés quand même ! // Pfff…  / Calme toi Eric Z. ».

 

On a tous une communauté, une religion, une chapelle, une appartenance autre que simplement celle des êtres humains. Mais si c’était un fan de Didier Barbelivien qui était venu accompagner les gamins.

 

Alors non, je ne me fous pas des enfants. Mais je ne voulais pas tomber dans la facilité, le sentimentalisme qui évidemment empêche de voir un enfant chialer parce que sa mère s’est faite gronder par un facho. Il est évident ça fout la gerbe. Déjà entendre ta mère se faire insulter parce qu’elle a oublié son clignotant c’est pas évident. Alors, le « au nom de la France, déshabillez-vous! »… A 8 ans, faut être costaud.  Du coup j’ai tenté un truc. J’ai essayé de pousser la réflexion. Et je crois que ça s’est vu d’ailleurs, j’ai dû froncer les sourcils et devenir pâle, une dame et venue me demander si tout allait bien. Et je me re-disais… Ce qui est bien avec le voile, c’est que ça se voit. Une dame qui porte le voile, faut vraiment qu’elle soit convaincante pour nous expliquer que c’est juste qu’elle s’est empêtrée dans les draps ce matin, qu’elle était à la bourre, et que du coup elle est venu habillée en drap mais que ça n’a rien a voir avec l’islam. Non. On sait que c’est le signe d’une appartenance à une religion. Comme la croix. Comme la kippa. Comme le maillot de l’OM.

On a tous une communauté, une religion, une chapelle, une appartenance autre que simplement celle des êtres humains. Mais si c’était un fan de Didier Barbelivien qui était venu accompagner les gamins. Il a le tatouage de la tronche de son chanteur fétiche bien planqué sous le t-shirt, personne ne le sait, et nous on laisse nos gamins entre ses mains. Et voila, discrètement il inculque à nos enfants des gouts musicaux de merde. Là c’est dangereux. Parce qu’il peut agir en douce. Et si le fan de Barbelivien est aussi un travailleur acharné, en-costardé, fendant la bise tous les matins sur sa trottinette électrique fier comme si c’était lui qui l’avait inventé, vantant le système des grandes écoles, la méritocratie etc. Qu’est ce qu’il va devenir mon gosse ? Un travailleur aliéné au système ? Il va rentrer de la sortie scolaire et m’expliquer que les français sont feignants et que c’est pas avec 35h par semaine qu’on va sortir le pays de la crise ? Franchement, je préfère qu’il me demande si le purée-jambon est halal.

Et puis là, personne ne va s’insurger, le costard c’est accepté. Personne ne te dira, « Monsieur un peu de décence, ça ne nous dérange pas que vous essayiez de vous convaincre que votre travail a du sens et que vous fassiez de l’argent votre Dieu, mais retirez votre costume enfin, je suis désolé mais c’est de la provocation ! ». ou encore « C’est de la soumission !! Les hommes en costume sont asservis au système ! Personne ne met cet accoutrement par choix, il faut dire les choses !! ».

Et si ce type a aussi d’autres appartenances. Et si le fan de Barbelivien était aussi fan des années 30, mais pas pour la musique. Et si ce type avait d’autres tatouages. S’il avait le fascisme inscrit sur le pectoral, et si il voulait accompagner les gamins mais ne surtout pas tenir la main de Mohamed. Mais lui ça ne se voit pas. Lui c’est son cerveau qu’il a habillé d’idées sordides. Et, on peut pas faire une radio du cerveau à chaque parent accompagnateur.

Alors du coup. J’étais toujours là. Et puis quand j’écrivais tout ça, des gars sont rentrés dans le café ou j’étais pour prévenir de la possible arrivée de fachos ce soir qui voulaient fracasser tout ce qui n’avait pas le cheveu lisse. Moi ça va hein. J’ai pas d’enfants et avec ma tronche il suffit d’un pull col en V et une chemise blanche et je peux distribuer l’Hostie à la messe. Et puis j’ai arrêté de pousser la réflexion.

Mesdames, j’espère que vous pourrez tenir la main de mon gamin.