Dimanche de février, temps gris foncé, état de flemme très engagé, rien à bouffer. Le décor est planté et il est idéal pour trainer, se vautrer, lézarder, toutes ces choses qui, si tu es apprenti bouddhiste ou un gros mytho, peuvent t’amener à répondre ce genre de choses à la question du lendemain au boulot, « t’as fait quoi hier ? » : « hier j’ai pris du temps pour moi. Putain dans ce monde qui va à 100 à l’heure, ça fait du bien de ralentir le rythme oppressant de la société moderne ». Ce sont aussi les contours parfaits pour se rendre sur les lieux du crime et discuter. Les lieux du crimes, ceux là même où deux dimanches tous les cinq ans nous allons élire les assassins qui détruisent la planète. Ce dimanche de février, je suis allé dans une école, pour parler de collapsologie.

La collapsologie c’est quoi ? C’est l’effondrement du débat et la fin d’une façon de vivre. Pour faire aussi court que le mandat de Nicolas Hulot, c’est la fin du monde. De ce monde. Et nous devrons manger bio, tout recycler jusqu’à nos idées, éteindre toutes les lumières pour retrouver le besoin de devenir brillant, construire des abris en terre cuite, se déplacer à dos de castor, ne produire de déchets que ses propres excréments qui eux même iront s’aplatir dans un bruit sourd sur le sol de nos toilettes sèches et viendront servir d’engrais à nos prochains plans de tomates soigneusement plantés dans nos jardins ou nos villes végétalisées, mais malgré tout, l’effondrement du système aura lieu. C’est un peu tout ça la collapsologie. C’est une armada de scientifiques et d’anonymes qui t’expliquent, sereinement, que c’est la fonte des glaces, la montée des eaux, sans pour autant proposer des tarifs intéressants pour le permis bateau. Sympa les mecs.

Tant pis pour la start-up et le million, j’avais plus qu’a déposer le dossier pour conquérir le monde moi aussi, mais il va s’écrouler. Alors conquérir quoi ? Les vestiges de la planète aux abois ? Peut-être proposer à des touristes chinois armés de smartphone et d’autant de singularité que leur couteaux se différencient de leurs fourchettes, un tour opérator des ruines du monde ? Non, tant pis. Merde. Depuis le temps que je patiente dans cette chambre noire à écouter du Francis Cabrel et promets à tout le monde de réussir. J’y étais là. J’avais tout prévu, je pouvais même devenir sourd et unijambiste, j’aurai persévéré. Si je vous jure. Mais bon, la fin du monde, je fais pas le poids. Alors au sortir de ce dimanche de merde, d’abord il faut faire le deuil. De ces espoirs. Lâcher le crayon avec lequel on voulait tracer une vie à peu près sympa, et apprendre à planter des courgettes.

Et puis sur le chemin du retour, je croise des mecs en trottinettes électriques qui font un selfie de groupe, une vieille meuf qui cherche la nouvelle grimace qui like, un pauvre type qui réinvente le sherpa en deux roues. Il livre sûrement une ribambelle de sushis multicolores à un couple pour une soirée Netflix. Tout ça va finir sur Instagram. Alors je repense au chaos, à la fin du confort et au début des emmerdes, à mes doigts habitués aux claviers Apple qui vont devoir se planter dans la terre, à mes ongles qui vont se brunir de crasse végétale, à l’urgence qu’on nous promet… Enfin !

Enfin, nous allons sortir de cette génération portable et trottinette électrique. Toutes les générations ont leur combat et nous qu’avons nous à nous mettre sous les chicots ? Alors qu’une bonne fin du monde ça à de la gueule. Ca fait des choses à raconter aux enfants, ça remet un peu de panache. Le vrai panache, celui qui à de l’envergure. Pas celui que l’in invoque quand, le doigt tremblant, nous tapons notre patronyme anonyme pour signer la pétition digitale contre l’utilisation du coton tige à usage unique sans oublier de cocher la case « ne pas recevoir de newsletter » et « ne pas être informé de la suite des évenements ». Pas non plus celui que nous pensons exprimer dans toute sa vitalité quand nous partons acheter le pain sans notre téléphone en nous nous prenant pour des leaders d’un monde meilleur. Non, résolument non. Parce que ambitionner de vaincre la fin du monde, c’est repartir à zéro. C’est remettre Adan dans la partie, lui faire croquer une pomme bio et le publier sur son compte instagram #jaidéconné, s’excuser pour Hanouna et relancer la machine pour plus d’amour propre et moins d’argent sale.

 

 

Alors plutôt que nous morfondre, réjouissons-nous de l’effondrement qui ne devrait tarder.

 

 

C’est comme à la piscine, une fois qu’on à touché le fond on remonte toujours à la surface. Sauf si la piscine est vide, effectivement. Alors touchons le une bonne fois pour toutes. Pour l’instant nous ne faisons que le frôler mais on est quand même pas loin. Comme lorsque nous nous réjouissons de vivre dans cette époque ou nous n’avons plus peur d’avoir faim, un frigo vide et aucune envie de bouffer les restes. Alors nous avons érigé en emblème du progrès la livraison à domicile. Fiers de notre époque qui a crée les esclaves à roulettes près à livrer partout dans la ville, sous tous les temps, puisque de toutes façons faut bien gagner sa vie, hein. Gagner sa vie comme si au départ on l’avait perdu ou on ne l’avait pas. Comme si on naissait dans un cercueil avec un marteau, un pied de biche et qu’il fallait gagner le droit d’en sortir pour devenir vivant.

Alors plutôt que nous morfondre, réjouissons-nous de l’effondrement qui ne devrait tarder. C’est l’occasion ou jamais de garnir nos murs de la première médaille qui viendra remplacer cette récompense d’employé du mois chez Mcdo, parce que vendre 6759 burgers en 28 jours, c’est fort. Cette nouvelle médaille que tout le monde veut. Manu Premier en tête. Il en rêve Manu. Alors il tente le tout pour le tout. Il sait bien que sans ce choc, il ne sera qu’un président parmi tant d’autres. Mais lui veut devenir le roi historique, entamer la lignée des Manu. Il souhaite devenir le chapitre 1 des livres d’Histoire, être celui qui a vaincu le cataclysme. Donc il taxe à la gorge, tape dans le porte monnaie, et fait équipe avec les voyous. Parce que Bennalla, c’est celui que personne n’a jamais choisis dans son équipe  de foot, le lundi matin de 8h à 10h en cours d’EPS avec Mr LEHUC. Parce qu’il ne connait pas les règles, rentre sur le terrain quand il n’a rien à y faire, joue avec les mains, marque contre son camp et s’en gargarise. Et puis Manu Premier taquin et cynique défend son gros poulain. A force de regarder tout le monde de haut, il pense avoir la nuque assez solide pour la guillotine, et cherche le K.O. « Qu’ils viennent me chercher ».

Une partie du peuple met son habit de lumière et secoue. Manu sent que lui aussi peut avoir des choses à raconter, alors il ne lâche pas.